Pendant la multiplication des condamnations qui s’abattent sur le génocide mené par Israël à Gaza, le président d’Argentine, Javier Milei, mène « un programme philanthropique pour promouvoir le rapprochement entre Israël et l’Amérique latine. » Connu sous l’appellation des Accords d’Isaac, la campagne vise à « mettre fin à l’isolement d’Israël sur la scène internationale ».
« Ce n’est pas de la philanthropie, c’est une tentative de balayer les obligations de l’Argentine sous les auspices du droit international » prévient Ivan Zeta de Judíes por Palestina (Juifs pour la Palestine). « À travers le monde, des millions de personnes descendent dans la rue pour exiger une fin du génocide israélien. Nous sommes aux côtés de ce mouvement. Très peu de gouvernements latino-américains ont dénoncé les crimes de guerre israéliens. Qui plus est, ceux qui l’ont quand même dénoncé continuent – comme si de rien n’était – à acheter des armes et de la technologie de surveillance israéliennes. »

Le sentiment exprimé par Zeta trouve un écho auprès des organisations juives au Brésil, Chili, Mexique et Uruguay. Ces associations ont vu le jour afin de distinguer clairement l’identité juive de l’idéologie du sionisme.
Les Accords d’Isaac seraient la prochaine itération des Accords d’Abraham, qui visent à élargir les liens qu’Israël tisse à travers le Moyen-Orient, sans demander à Israël de respecter les droits des Palestiniens. Les Accords d’Isaac (baptisés ainsi au nom du fils biblique d’Abraham) cherchent une normalisation en Amérique latine semblable à celle induite dans le Monde Arabe par les Accords d’Abraham. Le président argentin Milei a initié ces accords en collaboration avec la Fondation Genesis. Cette dernière avait discerné le « Prix Nobel Juif » à Milei au sein du parlement israélien au mois de juin cette année.
Milei a promis de déplacer l’ambassade d’Argentine à Jérusalem malgré le statut légal de cette ville comme un Territoire occupé. Il a signalé un mémorandum pour de nouveaux accords commerciaux entre l’Union Industrielle Argentine (UIA) et l’Association des Manufacturiers d’Israël. Plus d’une douzaine d’États dans la République d’Argentine ont déjà signé des accords commerciaux entre AySA – la compagnie d’eau argentine – et Mekorot, la compagnie étatique israélienne d’eau potable.
Zeta explique que « Mekorot est un élément intégral de l’utilisation israélienne de l’eau comme une arme contre les Palestiniens. « Nous ne voulons pas davantage de capital nocif israélien en Argentine. » Il cite les conclusions d’une étude menée par la campagne « Fuera Mekorot » (Mekorot dehors), publiée dans ANRed (un site web d’investigation), dans Prensa Obrera (Presse Ouvrière), dans La Politica Online, et dans d’autres supports. « Le tribunal suprême de l’ONU a ordonné à tous les États de mettre fin à l’occupation illégale d’Israël le plus rapidement possible. Ces accords nous poussent en arrière. »
Outre l’Argentine, les Accords d’Isaac envisagent des projets conjoints en matière de technologie, de sécurité et de développement économique en Uruguay, au Panama et au Costa Rica.
Les impacts régionaux étendus des Accords d’Isaac ont été révélés par GJP (le Réseau Juif International pour la Palestine), une communauté globale regroupant ceux et celles qui pratiquent un judaïsme antisioniste avec des organisations dans 20 pays, dont quatre en Amérique latine. GJP apporte un contexte global, une couverture médiatique et une expérience pratique au travail sur le terrain dans chaque pays.
Marilyn Garson, membre de GJP et co-fondatrice de Voix Juives Alternatives de Nouvelle-Zélande explique : « Il y a six ans, nous nous regroupions la tête haute pour tirer profit de façon globale de nos expériences locales. Notre étendue géographique nous permet de voir et de cibler les structures et les flux financiers qui permettent l’occupation israélienne et le génocide qui perdure. Des initiatives comme les Accords d’Isaac sont loin d’être locales. »
Elle dit qu’ « Israël essaie activement de diversifier sa base de soutiens. Le ministre adjoint des Affaires étrangères d’Israël a récemment rendu visite aux sionistes chrétiens dans plusieurs pays du Pacifique Sud, y compris au chef de la Destiny Church animée par des nationalistes chrétiens en Nouvelle-Zéalande. Pendant que le génocide continue à Gaza, Netanyahou essaie de poser de nouvelles fondations comme celles-ci en Amérique latine et dans le Pacifique du Sud. Nous ne le laisserons pas faire passer le génocide pour quelque chose de propre. Nous exigeons la fin de ce génocide et le règne de la légalité, du fait d’être redevable pour ses actes, comme une étape vers une véritable paix et une véritable justice. »
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GJP (Global Jews for Palestine – Réseau Juif International pour la Palestine) est un collectif international d’organisations juives antisionistes. Fondé en 2018, des groupes membres agissent ensemble pour résister contre le sionisme et se battre pour la libération palestinienne à une échelle internationale. Pour plus d’information : globaljewishcollective@gmail.com
Judíes por Palestina – Argentina (Juifs pour la Palestine – Argentine) est une organisation de gauche juive antisioniste, fondée en 2021. Pour plus d’information : Iván Zeta, judiesxpalestina@gmail.com
Alternative Jewish Voices – New Zealand (Voix Juives Alternatives de Nouvelle-Zélande) est un collectif de Juifs antisionistes qui travaillent pour le pluralisme juif, l’antiracisme et la réalisation des droits pleins et entiers des Palestiniens. Pour plus d’information : Marilyn Garson, contact@ajv.org.nz